Les bateaux du futur, le futur des bateaux

La crise financière et l’accident de Fukushima, qui ont ébranlé nos convictions sur notre capacité à maîtriser les conditions de notre futur immédiat, ont laissé intacte, notre capacité à nous projeter dans un futur plus lointain, nous incitant à redoubler de créativité, pour développer dès aujourd’hui, les innovations sur lesquelles devront reposer notre avenir.

« Les bateaux du futur », thème émergeant des réflexions du Grenelle de l’Environnement sur les transports de demain, dessine le futur des bateaux, autant qu’il nous interroge sur notre capacité à en être les acteurs.

Il est fort à parier que d’ici à plusieurs siècles, dès lors que nous voudrons nous déplacer à la surface de la mer jolie, la théorie du navire n’aura pas beaucoup évoluée, et que nous seront toujours confrontés aux principes qu’ont définis en leur temps, Archimède et Froude.

Sans doute, l’évolution de la technologie des matériaux, l’omniprésence de l’intelligence artificielle, nous aura permis des progrès, que l’on peut, dès aujourd’hui, anticiper.

Néanmoins, un bateau de surface sera toujours une coquille déplaçant un volume d’eau égal à sa masse, condamnée à avancer en luttant contre la résistance du frottement de sa surface immergée, avec l’eau, dont les caractéristiques de viscosité, seront, tout au moins pouvons nous l’espérer pour notre survie, identiques à ce qu’elles sont aujourd’hui.

Et cette coquille, il faudra alors savoir, la concevoir et la construire.

Le future des bateaux, sera donc fonction du future des chantiers.

Nous avons misé en Europe, depuis le début de la décennie précédente, sur l’innovation, comme moteur de nos industries navales.

Nous n’avions d’ailleurs guère d’autre alternative, étant entendu que nous ne pouvions nous mesurer, en termes de prix, à des compétiteurs opérant dans des pays à faible coûts de main d’œuvre.

Cette option de compétitivité, reposant sur la valeur ajoutée par le savoir faire non concurrencé, celui issue d’une culture industrielle vielle de plus de deux siècles, ayant suscité la créativité scientifique et technique pour en accompagner le progrès, a permis de sauvegarder, dans la plupart des pays européens ayant une tradition de grands chantiers, au moins l’un deux, véritable porte étendard de « la Naval ».

Nous n’avons pas, cependant, pu sauvegarder tous les savoirs faire, entre autre ceux-ci concentrés dans de petits et moyens chantiers, dont le nombre, au niveau européen, n’a cessé de décroitre au cours de la même période.

Il est probable que d’ici quelques décennies, l’équilibre des prix industriels se soit réalisé à l’échelle mondiale, tant du fait de l’équilibre des niveaux de vie, que du fait du renchérissement du coût des transports.

Si les grands navires continueront, comme naguère avant aujourd’hui, d’être construits partout où il existera des chantiers ayant les capacités de les réaliser, la construction des petits et moyens navires, devrait progressivement, redevenir une activité de proximité, au même titre que beaucoup d’autre produits.

Cette perspective nous invite donc à sauvegarder nos savoirs faire, dès aujourd’hui, car ils seront nécessaires à la construction de nos bateaux du futur.

Nous avons quelques bonnes raisons de penser qu’il est possible de le faire.

Certaines flottilles ont une moyenne d’âges élevée, telle celle de la pêche, créant des conditions accidentogènes, qui rendent inévitable, la nécessité de son renouvellement.

De nouveaux besoins émergent en Europe, telle la création d’une flottille de crewboats pour les activités liées aux Energies Maritimes Renouvelables.

La volonté politique semble déterminée à mettre en œuvre, dès maintenant, des solutions d’accompagnement, afin que ce processus se réalise : en France, l’Emprunt National pour les Investissements d’Avenir, suivant les recommandations du rapport Juppé Rocard, va dans ce sens.

Un accompagnement de 100 M€ destiné à aider financièrement au développement d’innovations, afin de renforcer la capacité de ré industrialisation du secteur de la construction naval, piloté par l’ADEME pour le compte du CGI, fait l’objet d’un Appel à Manifestation d’Intérêt auprès des acteurs du secteur, piloté par l’ADEME par délégation du CGI.

Espérons que cette initiative permettra d’opérer une réelle redynamisation des entreprises du secteur, afin qu’elle puisse se préparer, dès maintenant à construire les navires du futur, en attirant, autre condition de la survie de nos chantiers, les jeunes vers des formations à nos métiers, qui pourrait, bientôt, redevenir des métiers d’avenir.